Dans le cadre des activités académiques et pédagogiques de l’Université privée de Marrakech (UPM), le professeur Abdeslam Maghraoui, du département des sciences politiques de Duke University, Caroline du Nord (USA) a animé, mercredi 21 décembre, une conférence sur le thème «Le printemps arabe : transition démocratique ou conflits de normes ?». Pour ce spécialiste, depuis une dizaine d’années, certains pays arabes ont adopté la politique et le langage des réformes, tant au niveau politique (processus démocratique, élections pluralistes, droits humains) et économique (ajustement structurel, privatisation, mise à niveau...) que dans le domaine de la gouvernance (campagne anti-corruption, nouveau concept de l’autorité). Pourtant, estime-t-il, la transition démocratique n’a pas eu lieu et la région a été secouée par des révoltes populaires qui balayent certains régimes en place, alors même que toute transition démocratique doit reposer sur la justice sociale et les valeurs de citoyenneté effective.
Le succès de la transition démocratique dans le monde arabe passe obligatoirement par l’absorption des pressions populaires, et la mise en place d’une démocratie effective, qui répond parfaitement aux revendications économiques et sociales légitimes des citoyens. Autrement dit, Maghraoui estime que pour le succès de la transition démocratique, il appartient aux acteurs et responsables en charge des régimes politiques dans le monde arabe, de mieux gérer les éventuels dangers, tout en développant un modèle de démocratie qui soit fondé sur la liberté, la justice sociale et le respect des droits de l’homme.
Il s’est interrogé aussi sur les révolutions qui ont éclaté dans nombre de pays arabes, afin de déterminer si elles sont liées aux mutations profondes que connaît le monde actuellement et aux développements enregistrés dans nombre de secteurs, ou si elles s’expliquent par les valeurs démocratiques adoptées par nombre de régimes à partir de 1990. Tout en se focalisant sur les spécificités de la région maghrébine par rapport au reste du monde, il a fait observer que l’édification de la démocratie dans ces pays, suppose la consécration des valeurs de paix, de liberté, et de justice sociale, et la rupture avec toute les formes de discrimination et d’inégalité. Pour ce qui est du cas marocain, le professeur n’a pas hésité à souligner qu’au prisme des soulèvements populaires qui caractérisent nombre de pays arabes, le Maroc a su réaliser sa transition démocratique de manière pacifique, à travers l’adoption d’une panoplie de réformes profondes dans les domaines économique, politique, social, juridique et constitutionnel.